Sekoia révèle l’essor de l’ADINT, une nouvelle menace qui transforme la publicité en outil de surveillance et d’espionnage
Sekoia, acteur dans les solutions de cybersécurité basées sur la Cyber Threat Intelligence (CTI), publie une nouvelle étude consacrée à l'Advertising-based Intelligence (ADINT), une pratique encore largement méconnue qui consiste à détourner les mécanismes de la publicité en ligne à des fins de renseignement et de surveillance.
L'étude retrace l'évolution rapide de cette technique, passée en une dizaine d'années d'un simple outil de géolocalisation à une véritable capacité offensive permettant de déployer des logiciels espions via des publicités malveillantes.
Une infrastructure publicitaire devenue un outil de renseignement
Chaque jour, des milliards d'enchères publicitaires sont réalisées automatiquement lorsque les internautes consultent une application ou un site web. Derrière ce mécanisme, appelé Real-Time Bidding (RTB), transitent des informations telles que la localisation, les identifiants des appareils ou certains comportements de navigation.
Selon les chercheurs de Sekoia, ces données, initialement destinées au ciblage publicitaire, sont aujourd'hui exploitées par certains acteurs spécialisés dans la surveillance pour identifier, suivre et profiler des individus ou des groupes entiers.
L'étude montre notamment que ces informations peuvent permettre de reconstituer les déplacements quotidiens d'une personne, d'identifier son domicile, son lieu de travail, ses habitudes ou encore son appartenance à certains secteurs sensibles.
De la géolocalisation au déploiement de logiciels espions
Au-delà de la collecte de données, le rapport met en évidence une évolution particulièrement préoccupante : certaines entreprises spécialisées dans la surveillance développent désormais des capacités offensives exploitant directement l'écosystème publicitaire.
Selon Sekoia, cette évolution s'est accélérée en une dizaine d'années. Initialement utilisée autour de 2015 pour le géofencing publicitaire et le profilage de masse, l'ADINT permet aujourd'hui, dans certains cas, de compromettre un smartphone par la simple diffusion d'une publicité malveillante, sans aucune interaction de la victime (zero-click).
Cette évolution intervient alors que les principaux fournisseurs de logiciels espions font face à un renforcement des actions judiciaires contre leurs techniques d'intrusion traditionnelles.
Trois niveaux de menace identifiés
Afin de mieux caractériser cette évolution, les chercheurs de Sekoia proposent une nouvelle classification de l'ADINT :
- L'ADINT passive, qui permet de profiler des populations et d'analyser leurs déplacements ;
- L'ADINT active, qui autorise le suivi quasi temps réel d'une personne déjà identifiée ;
- L'ADINT offensive, qui transforme les infrastructures publicitaires en vecteurs d'intrusion capables d'installer des logiciels espions.
Cette grille de lecture permet de mieux comprendre la montée en sophistication des usages détournés de l'écosystème publicitaire.
Une industrie mondiale en pleine expansion
Le rapport documente l'émergence de cette industrie depuis 2015 et identifie plusieurs entreprises américaines et israéliennes ayant développé des solutions commerciales reposant sur ces techniques.
Les chercheurs observent également une diffusion progressive de ces technologies vers d'autres régions du monde, notamment en Asie, où l'ADINT fait désormais partie des solutions présentées dans plusieurs salons internationaux dédiés aux technologies de renseignement.
Une menace déjà documentée en France
Si ces techniques restent encore peu connues du grand public, elles ont déjà fait l'objet d'enquêtes journalistiques. En décembre 2025, Le Monde révélait que des agents des services de renseignement, des militaires, des collaborateurs de l'Élysée ainsi que des personnels de l'industrie française de la défense avaient pu être géolocalisés grâce à des données issues de l'écosystème publicitaire.
Pour Sekoia, cette affaire illustre un changement de paradigme : des infrastructures conçues à l'origine pour optimiser le ciblage publicitaire deviennent progressivement des outils de renseignement exploitables à grande échelle.
Une évolution qui appelle une réponse réglementaire
Le rapport souligne que l'ADINT présente plusieurs avantages structurels pour les acteurs de la surveillance commerciale : une fragmentation des réglementations internationales, des données publicitaires souvent considérées comme commerciales plutôt que personnelles, ainsi qu'une portée mondiale liée à l'omniprésence de l'écosystème publicitaire numérique.
Les chercheurs estiment néanmoins que plusieurs facteurs pourraient ralentir cette évolution : le renforcement des exigences du RGPD en Europe, les actions engagées par la Federal Trade Commission (FTC) aux États-Unis contre certaines pratiques de l'AdTech, ainsi que l'extension progressive des contrôles à l'exportation visant les technologies de surveillance.
Pour Sekoia, cette évolution souligne la nécessité d'élargir la réflexion sur la sécurité des infrastructures publicitaires, qui ne constituent plus seulement un enjeu économique ou de protection de la vie privée, mais deviennent désormais un véritable enjeu de cybersécurité et de sécurité nationale.
COM






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