Résonance : et si la communication réapprenait à vibrer ?
Résonance. Ce n'est pas encore un buzzword. Pourtant, le mot résonne de plus en plus. Dans un monde où tout s'accélère (à en perdre la raison), où les contenus se multiplient à une vitesse que même leurs auteurs ne maîtrisent plus, la résonance désigne peut-être ce qui manque le plus cruellement à nos prises de parole : la capacité à toucher vraiment.
Hartmut Rosa, sociologue allemand, en a fait le cœur d'une théorie aussi simple à énoncer qu'inconfortable à habiter. Si l'accélération est le problème central de notre temps, dit-il, la résonance en est peut-être la solution. Il ne s’agit pas d’un éloge de la lenteur mais de quelque chose de plus exigeant : la qualité d'une relation au monde où les deux parties se touchent, s'affectent, et se transforment mutuellement. Une corde qui vibre entre soi et l'autre. Le contraire d'une relation froide, muette, unilatérale car sans écho.
Le contraire, en somme, de la majorité des contenus que nous produisons.
Le bruit comme horizon
Nous n'avons jamais autant communiqué. Et, parallèlement, nous n'avons peut-être jamais aussi peu résonné. L'accélération que décrit Rosa n'est pas une métaphore, elle illustre au contraire le mode de fonctionnement de nos métiers. Toujours plus de formats, de plateformes, de cadences éditoriales, de contenants à remplir de contenus. L'IA générative a démocratisé la production de ces derniers. C’est une bonne nouvelle pour les budgets, une mauvaise pour l'attention. Elle a en effet industrialisé le bruit, rendu accessible à tous ce que beaucoup faisaient déjà mal : produire pour produire, publier pour exister, parler pour ne rien dire.
Ce n'est pas une critique de la technologie. C'est un constat sur nous. L'IA, au même titre que les évolutions liées au numérique, est le miroir grossissant de ce que nous faisions déjà : optimiser pour les algorithmes plutôt que pour les humains. Performer plutôt que toucher.
Ce que la résonance refuse
C'est ici que Rosa dérange. La résonance, nous dit-il, ne se planifie pas, ne se déploie pas. Elle échappe, par nature, à la maîtrise totale. On ne peut pas la mettre dans un brief, la mesurer en impressions ou en KPIs, la cibler pour l’atteindre à coup sûr. Elle surgit, comme parfois elle ne surgit pas. Or l'accélération ne tolère que ce qu'elle maîtrise : ce qui se planifie, se reproduit, s'optimise. Ce qui lui échappe l'embarrasse. Et la résonance, précisément, lui échappe toujours.
Nous avons voulu contrôler la relation à nos audiences en construisant des tunnels de conversion là où il aurait fallu ménager des espaces de rencontre. Nous avons cherché à capter l'attention sans jamais vraiment y prêter la nôtre. Rosa qualifiait cela d'aliénation. Dans nos métiers, cela s’apparente aux pires travers du marketing.
Retrouver le pourquoi
Le vrai risque de l'IA n'est pas qu'elle écrive à notre place, c’est qu'elle nous fasse oublier pourquoi nous écrivons. Ce que nous voulons dire : à qui, pour transformer quoi. La résonance commence là : en amont de la forme, dans l'intention. Elle suppose d'avoir quelque chose à dire avant de savoir comment le dire. Ce que l'accélération tue d’emblée.
La bonne nouvelle, c'est que cette mécanique industrielle s'enraye. Les audiences le sentent. De plus en plus, elles font la différence entre ce qui est produit, surproduit et ce qui est vécu, authentique. Entre ce qui est optimisé et ce qui est habité. Entre le contenu qui remplit un calendrier éditorial et celui qui laisse une trace, une vibration.
Les textes qui nous éveillent, les marques qui s’impriment, portent en eux une pulsation. Une expérience charnelle du monde : un rythme, un pouls qui nous rappelle que nous sommes vivants. Leur auteur a été affecté par ce qu'il dit, l'a relié à sa propre expérience, et l'écrit garde la trace de cette rencontre.
Résonner ne demande pas moins de travail. Cela demande un travail différent : plus lent en amont, plus singulier dans la forme, plus honnête dans l'intention. Moins de volume. Plus de voix, d’incarnation. Dans un monde où tout parle, seul vibre ce qui a quelque chose à dire.
Par David Benguigui, vice-président du CMIT
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