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Métiers de la communication : plus l’IA progresse, plus la valeur se déplace vers les compétences humaines

Tribune d'expert / 3 mai 2026

Et si l’intelligence artificielle ne remplaçait pas le communicant mais conduisait à un retour en force des compétences humaines ? C’est le constat issu de 120 entretiens de terrain menés par 49 étudiants du MSC d’Excelia Communication School auprès de professionnels de la communication, des ressources humaines et de dirigeants d’entreprises telles que France Télévisions, la MAIF, Hennessy, la DGA… De cette enquête est né « Le nouveau communicant », un ouvrage prospectif qui dépasse le seul décryptage des mutations du métier à l’heure des bouleversements technologiques, sociaux et environnementaux. Du constat à l’action, il fait émerger plusieurs concepts inédits qui proposent une vision pionnière du métier et dressent le profil du « nouveau communicant ».

Le 23 avril dernier, sur le campus d’Excelia à Tours les étudiants ont partagé leur analyse dans le cadre d’une journée d’étude. Ils ont présenté les transformations des métiers de la communication autour de quatre piliers : ce qui frappe, ce qui crispe, ce qui inquiète ou rassure, et surtout, ce qu’il faut préparer.

Des concepts inédits pour une profession en mutation

Un des apports majeurs de l'ouvrage de l'analyse des étudiants d'Excelia Communication School est de redéfinir la coexistence entre technologie et humain à travers des concepts inédits :

La rétro-socialisation : l'ouvrage met en évidence une inversion historique du partage des connaissances. Ce sont désormais les jeunes générations (GEN Z et Alpha) qui forment leurs aînés aux codes du numérique. Cette collaboration culturelle intergénérationnelle enrichit la perception du nouveau communicantde l’expérience des uns et des autres.

Le communicant, architecte de l'attention : face au scroll infini, la mission future n’est plus de produire du flux mais de défendre l’écologie de l’attention en adoptant la sobriété éditoriale. Le communicant va devenir « un architecte de l’attention qui respecte l’écologie cognitive du récepteur. »

L'éthique de la donnée : bien qu’encadrée par le RGPD et l’AI Act, l’utilisation qui est faite des données et la catégorisation qu’elle engendre reste une inquiétude prégnantede la population. Le livre affirme que seule la communication peut transformer la contrainte juridique en une véritable relation de confiance.

Un retour stratégique des compétences humaines

Si l’intelligence artificielle est posée par les étudiants comme un fait installé, le livre analyse ce qui, dans un contexte d’automatisation des tâches, fera demain la valeur du communicant. Il dessine ainsi les rôles d’un pilote dont les compétences humaines constituent un levier de différenciation :

Un superviseur stratégique : l’IA ne remplace pas le professionnel, elle transforme son rôle en celui de pilote.L’expertise de ce dernier réside désormais dans sa capacité à dialoguer avec la machine (prompter), à savoir orienter sa production et surtout vérifier le contenu produit.

Le maître des codes émotionnels : dans un monde où les productions sont de plus en plus standardisées, la capacité à construire des récits authentiques et singuliers que les algorithmes ne peuvent simuler s’impose comme une compétence déterminante.

Les compétences adaptatives : pour tirer le meilleur parti des transformations technologiques, les seules compétences techniquesne suffisent pas. Désormais, l’expertise réside dans les méta-compétences du nouveau communicant : pensée critique, curiosité et capacité à questionner les résultats produits par les machines.

Le choix du « temps long » : le nouveau communicant doit savoir « renoncer au flux » pour retrouver du sens. Il est celui qui sait ralentir pour mieux décider, il privilégie la qualité et le sens à la viralité immédiate, acceptant de renoncer aux flux pour retrouver de l'impact.

La réflexion des étudiants a été enrichie lors de la journée d’études par une dialogue avec cinq experts : Trésor Bofete(dircom Editis), Chantal Lasnier (DRH Proman), Alya Mlaiki, (spécialiste en soft skills), Laetitia Pfeiffer (chief AI officerPublicis Connected Media France), Sylvain Truong (data scientist, Meta).