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Comment le contenu généré par les utilisateurs pourrait-il (encore) faire évoluer les news ?

Tribune d'expert / 27 mai 2019

Ces dernières années, de plus en plus de contenus générés par les utilisateurs (ou « UGC », de l'anglais « User-Generated Content ») ont trouvé leur place dans les programmes d'informations. Ce phénomène n'est pas arrivé sans raison. La croissance des UGC constatée jusqu'ici n'est rien comparée au potentiel qu'ils représentent. D'après un nouveau rapport de Sony et IHS Markit, le nombre de journalistes citoyens augmentera de 145 % chaque année jusqu'en 2025, date à laquelle les UGC constitueront près de 20 % du contenu en ligne, contre un peu moins de 10 % aujourd'hui. Deux questions se posent donc aujourd'hui : les sociétés de production de news devraient-elles profiter de cette montagne de contenus en constante augmentation ? Si oui, comment ? Par Stuart Almond, Directeur Marketing et Communication, Sony Professional Solutions Europe.

Pourquoi incorporer les UGC ?

Les réseaux sociaux et les blogs ont d'ores et déjà rendu les actualités plus interactives. Les flux d'informations unidirectionnels et éphémères ont laissé place aux conversations. Tout le monde peut commenter un article ou réagir à une histoire à travers une myriade de médias, voire en créant son propre support. Le pouvoir de démocratisation des différentes technologies (smartphones, réseaux sociaux, 4G et bientôt 5G), une fois réunies, permet à des citoyens lambda non seulement de créer du contenu, mais aussi de le partager presque instantanément. Ils peuvent même se construire une communauté de fidèles ou encore transmettre leur contenu à des sociétés de diffusion.

 

Avec la montée des UGC, les sociétés de production de news qui sont capables de se procurer et d'utiliser ce type de contenu pourront couvrir les événements bien plus rapidement qu'auparavant, tout en réduisant les coûts. Si les séquences filmées ne seront sans doute pas d'aussi bonne qualité, cet aspect technique s’estompe grâce à la technologie équipant les derniers smartphones. Même si les vidéos ne sont pas nécessairement tournées avec des caméras professionnelles, la possibilité d'y incorporer plusieurs éléments de contenu provenant des spectateurs, proposant des angles de vue et des perspectives variées, renforce l'impact du reportage. Libérées des contraintes du flux unique d'informations en direct ou de la collecte des pré-enregistrements fournis par les journalistes présents sur le terrain, les équipes de production ont désormais le choix parmi une myriade de contenus.

 

Les journalistes sont de moins en moins contraints de se précipiter pour immortaliser un événement, ils sont désormais libres de suivre de nouvelles affaires, d'analyser des faits et de creuser davantage certains récits. La qualité de la couverture médiatique pourrait même y gagner si les sociétés de production intégraient mieux les UGC, notamment grâce à des journalistes spécialisés et formés, capables de préparer des récits convaincants et informatifs à partir d'une palette de contenus générés par les utilisateurs. Enfin, ce contenu produit par les citoyens, à chaque recoin de la planète (ou presque), pourrait donner aux actualités une perspective hyperlocale, nationale et même internationale.

 

Le risque de fausse information

Au début de l'année, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology ont montré que les fausses informations circulaient plus largement et plus rapidement que les vraies. Cette conclusion semble confirmer l'idée que les utilisateurs sont moins intéressés par la qualité de la couverture médiatique que par la nouveauté. Il n'est donc pas surprenant que certains s'inquiètent de l'augmentation des volumes d'UGC sur les médias sociaux, en ce sens qu'elle pourrait encourager le public à se détourner des médias « traditionnels », pour répondre à leur quête perpétuelle de nouveautés.

 

Or, à l'ère des fausses informations, les abonnements aux journaux en ligne, tels que The Times et The Guardian au Royaume-Uni, ont en réalité progressé. Face au manque de fiabilité d'un grand nombre de contenus, les consommateurs semblent rechercher des sources de confiance. Si les sociétés de production d’informations s'assurent que la source, la création et la distribution de leur contenu répondent à la soif des utilisateurs à l'égard des dernières actualités, elles pourraient conserver leurs clients actuels et nouer des relations pérennes avec de nouveaux publics. En outre, si elles sont capables de vérifier l'authenticité des UGC qu'elles utilisent, elles pourraient même tirer parti des deux sphères médiatiques, en associant le caractère partagé des UGC et la fiabilité d'un journalisme plus traditionnel.

Cependant, avant qu'une telle évolution ne soit possible, les sociétés de production de news doivent évaluer et renforcer leur capacité à gérer et à stocker tout ce contenu. Elles doivent également veiller à ce que cette capacité soit à la hauteur du volume de contenu attendu dans les années à venir. Il s'agit d'un défi de taille, qui ne pourra probablement pas être remporté sans l'aide de l'automatisation et de l'intelligence artificielle.

 

Plus de contenus pour des workflows plus intelligents

Si l'intelligence artificielle (IA) n'est pas une avancée nouvelle, ce n’est que récemment qu'elle a fait son apparition dans le secteur des médias. D'après une enquête réalisée par IABM auprès des utilisateurs finaux parmi les acheteurs de technologie multimédia, 8 % ont déclaré avoir adopté l'IA de quelque manière que ce soit. Néanmoins, 56 % d'entre eux envisagent de le faire au cours des deux prochaines années. En attendant, les éditeurs de contenu en ligne ont pris une belle avance : près de 75 % des personnes interrogées par le Reuters Institute for the Study of Journalism déclarent qu'elles utilisent déjà certaines formes d'IA. Parmi elles, un tiers l'ont mise en œuvre dans le but d'automatiser des workflows.

 

L'évolution vers des workflows plus intelligents pourrait être un facteur décisif pour la prospérité des UGC dans le secteur de la production de news, en particulier au vu des améliorations à apporter dans un certain nombre de domaines : le regroupement d'UGC issus de plusieurs plateformes et réseaux sociaux, la reconnaissance faciale ou l'identification de monuments afin de confirmer l'authenticité des contenus, la production de sous-titres ou encore l'obtention des autorisations nécessaires pour utiliser un contenu. Autre point, peut-être plus déterminant encore : la création et l'enregistrement automatisés de métadata pourraient rendre les bibliothèques multimédia plus efficaces. À mesure que le volume de contenu augmente, l'IA utilisée pour l'archivage et le stockage à court terme pourrait s'avérer être le seul moyen de maîtriser le phénomène.

 

Loin de représenter une menace pour le journalisme professionnel, les UGC sont une formidable opportunité pour les sociétés de production. Les médias pourraient constituer l'intermédiaire entre des agrégateurs de contenu amateurs et des consommateurs insatiables, le filtre professionnel qui garantirait le respect de la qualité et des normes qui font la fierté des journalistes. Pour ce faire, ils devront toutefois mettre en place des systèmes et processus adaptés et se doter d'une stratégie efficace.

 

 

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